J’attendais beaucoup du jour de mes 20 ans, je me disais que toutes les chansons d’Aznavour auraient du sens. Je m’étais fait une playlist de chansons tristes qui ne parlaient que de ça, le temps qui passe. Et j’ai écouté en boucle, toute la nuit, Pierre Lapointe chanter « Maman » sur son album Seul au piano.
Et quelque chose s’est brisé ce soir-là, quelque chose comme la porcelaine cassée de son deuxième couplet, la porcelaine cassée qui coupe les doigts quand on la ramasse sur le carrelage.
La porcelaine ne se répare pas, me dit mamie
Mais mamie, as-tu toujours été vieille toi ?
Non, je le suis devenue, mais je ne sais plus quand
Et si c’était à refaire, deviendrais-tu vieille encore finalement ?
Probablement oui, mais ça n’a pas d’importance pour toi, parce que tu ne m’as connue que comme ça, vieille. Et tu verras, c’est de famille, ma mère aussi est devenue vieille un moment donné, pis sa mère avant elle aussi, c’est un truc qu’on se passe de mères en filles depuis un bout je pense.
Comme un héritage genre ?
Plus comme un leg
Je ne sais pas, je ne fais pas la différence entre les deux.
L’héritage, quand t’es chez le notaire, tu peux le refuser. Le leg, lui, tu te réveilles un jour et il est partout sur ton front, tes joues, tes mains, les mains ne mentent jamais sur l’âge.
– Emmy Lapointe
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