« J’aimerais avoir un poème sur les cantines à patates frites. En l’honneur de mon père. »
il faut y avoir goûté
avec tous les sens
les lèvres bleues de s’être trop longtemps baigné
les petits doigts gercés
la fatigue aux yeux mis-clos
l’heure du souper
il faut être sorti de la voiture de papa
Sunbird 93
beige-gold bizarre
il faut s’être rendu au comptoir
en fendant le vent chaud
et gras
que pousse la caravane
il faut avoir commandé
deux steamés
une grosse frite
il faut se l’être fait tendre
par une femme souriante
Ginette Thérèse Monique
il faut avoir demandé
supplié papa
d’avoir une crème glacée
n’en manger que trois bouchées
gommer les bancs du char
se faire porter
dans ses bras forts
du stationnement au lit
il faut avoir fait ça
il faut l’avoir goûté
y être retourné
il faut s’être fait voler
des dizaines de petits étés
c’est une loi non-écrite
que j’écris ici
une prescription
une fatalité
deux steamés
une grosse frite
une ride de char
dans la Sunbird 93 de papa
Laisser un commentaire