Les premiers poètes nationalistes ont commencé en énumérant, des vers durant, tous les arbres du territoire, mais moi, je mêle les épinettes noires et les sapins. Je sais juste que l’une est moins chère que l’autre au Canadian Tire.
Et je n’écris pas de poème. Et je n’aime pas les leurs, à vrai dire, je ne suis pas une fille de forêt. Peut-être que je ne suis pas la meilleure pour te parler du territoire finalement.
Je connais la 138 pourtant, et la 132 de l’autre côté du Fleuve. Je connais quelques trucs sur l’heure des montées de l’eau, quelques autres sur les meilleures haltes-routières.
Je sais que les plus beaux couchers de soleil ne sont pas à Kamouraska. Ils sont entre les Escoumins et Trois-Pistoles sur le traversier gros comme rien. Il faut prendre les traverses de la fin de l’après-midi ou du début de soirée selon le moment dans l’année. Et ça arrive juste comme ça. T’as rien vu venir, et un moment donné, tu te trouves dans le coucher de soleil. Tu le vois des deux bords; t’es la Rive-Nord et la Rive-Sud en même temps, c’est un moment qui existe à peine, il n’existe à vrai dire juste parce que je t’en parle ici aujourd’hui, parce que sinon, il tient d’un rêve fiévreux.
– Emmy Lapointe
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