« J’aimerais avoir une nouvelle érotique qui se passe en plein hiver dans la forêt. »
J’avais emmené mon haut-parleur Bluetooth en pensant que ce que je voudrais entendre, perdue en plein milieu des bois, ce serait de l’excellente pop de Beyoncé. Finalement, ça fait presque 3 jours que je suis ici, et je n’ai pas encore sorti ma musique. Je profite du silence, et de tout ce qu’il me permet d’entendre.
J’avais loué ça toute seule, du 24 au 31 décembre. Je voulais me brasser les idées, être constamment nue en cuisinant, binge-watcher des séries et me donner du plaisir quand bon me semble. Mon seul critère quand j’avais fait la recherche de chalet, c’était qu’il y ait un spa, et que ce soit à moins de 2h de Québec. Je me suis ramassée à St-Alexis-Des-Monts.
La soirée de mon arrivée, j’avais à peine défait mes bagages qu’elle a cogné à ma porte, toute pimpante.
-Est-ce que tout est correct?
-Hmm. Oui?
Je ne comprenais pas de quoi elle parlait. Moi qui venait ici pour me reposer et pour déconnecter un peu, je me retrouvais exactement à vivre mon pire cauchemar: faire la conversation avec une inconnue dont je me crisse. Voilà, c’est dit.
-C’est qu’il y a eu des pannes un peu partout dans les chalets. Je voulais juste vérifier que tu as de l’électricité.
Je me suis reculée un peu du cadre de porte, pour lui laisser entrevoir le nombre d’électros qu’il y avait de branchés. Si elle avait tendu l’oreille, elle aurait aussi pu entendre mon magic wand que je n’avais pas éteint dans l’empressement d’aller répondre. Je m’étais arrêtée en plein climax pas besoin de dire que j’étais de mauvaise humeur.
– Comme tu peux voir, y’a de l’électricité. Est-ce qu’il y a autre chose?
La fille m’a regardée longuement.
– Heu non, c’est tout.
Au moment où j’allais refermer la porte, elle a ajouté
-Tu passes Noël toute seule?
Je n’avais aucune – aucune, dis-je – envie de faire du small talk avec une inconnue. Mais c’est plus fort que moi, c’est peut-être le patriarcat, ou le besoin de plaire à tout prix, mais j’ai répondu. Longuement.
-Je, heu, oui. J’ai loué ça… Je voulais… je pense que je voulais prendre un peu de temps, toute seule.
-Veux-tu de la compagnie?
Dans quel monde est-ce que cette fille-là a pensé que j’allais répondre oui à sa question? Moi qui venait de lui dire que je souhaitais être seule, j’ai pris une grande respiration et j’ai ramassé mes forces pour lui répéter que je souhaitais être seule.
– Ben… ok, oui, entre?
Les yeux de la fille se sont illuminés, en même temps que je me suis décomposée sur place. Je ne comprends pas comment j’ai pu répondre à l’affirmative. Je me gosse tellement.
Elle est entrée sans faire ni une ni deux, dévoilant des cheveux frisés serrés et une robe quand même chic. J’avoue que je m’attendais à une salopette et une vieillerie trouvée en friperie. Sara – c’est son nom – m’a expliqué qu’elle travaille pour le promoteur immobilier a qui le chalet que j’ai loué appartient. C’est un peu comme… la garde-chasse de l’endroit.
– Pour faire simple, j’ai un chalet tout payé, 4 saisons, en échange de rester sur place et d’aider les gens qui louent avec leurs multiples demandes.
Les minutes passaient, nos langues se déliaient, et mon attitude négative du début commencait à se dissiper. On était le 24 décembre, presque minuit, et je réalisais qu’au fond, ça me faisait plaisir, de pas passer Noël toute seule. J’ai proposé à Sara de mettre de la musique.
– Oh, j’ai envie de dire non… J’aime ça t’entendre en ce moment, et j’ai peur que la musique gâche le mood.
C’était pour le moins une réponse surprenante. Il me semble que la musique améliore toujours nos rapports sociaux. Sara ne semblait pas être d’accord.
– C’est juste qu’en ce moment, je t’entends vraiment beaucoup, vraiment fort. C’est silencieux, la forêt, y’a rien autour. Y’a pas de routes, pas d’auto, pas de passants… on s’entend vraiment bien. En ce moment j’entends le bruit que ta peau fait quand tu passes ta main dessus. J’entends le bruit de ta langue sur tes lèvres. Je trouve ça… privilégié.
Elle a dû entendre encore le «bruit de ma langue sur mes lèvres» parce que j’ai dégluti sur un moyen temps.
– Tu trouves pas ça… privilégié, toi?
Je l’ai regardée longuement. Elle était tout près de moi, sur le sofa, les jambes repliées sous elle, et sa robe un peu relevée, pour se donner plus de jeu dans sa position. Je n’ai jamais été vraiment une très grande parleuse, mais j’ai eu envie de lui dire que je la trouvais croquable.
– Je trouve ça privilégié aussi.
Sara s’est relevée du canapé, sans me lâcher du regard. Elle a porté ses mains à son cou, et a dénoué les deux boutons qui retenaient sa robe.
– Carolanne Foucher
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