« Texte retranscrivant un rêve émotif au réveil dans un style lovecraft, edgar allan poe »
La tête a bien failli me fendre quand je me suis réveillée.
On avait passé la nuit – ou est-ce que c’était le jour? peu importe – à jouer à Quelques arpents de pièges. Sommes toutes, c’était agréable comme nuit – ou est-ce que c’était le jour? peu importe – mais c’était… particulier.
Je suis couchée dans mon lit, incapable de bouger, presqu’en colère contre moi-même, contre mon esprit. Ça fait maintenant 3 mois qu’on ne s’est pas vus, qu’on ne s’est même pas parlés, et tu me visites encore presque chaque nuit. Je ne ressens pas la séparation d’avec toi. Pas véritablement. Tu m’habites presque autant que j’habite notre ancien appartement, tu m’habites presque autant que j’habite mon corps, que j’habite mes vêtements. Tu m’habites comme un fantôme docile, tu me visites en rêve et tu continues d’appuyer sur la mousse de ma mémoire pour bien laisser ta trace.
quelle sorte de scie a des dents des deux côtés de la lame – la scie à émonder, à chantourner, ou à dos?
Je ne peux pas croire que j’ai passé la nuit à jouer à Quelques arpents de pièges. Les questions étaient tellement bonnes, tellement bien formulées, je ne comprends pas comment mon esprit a pu machiner cela. Normalement, quand tu me visites c’est très prévisible: Tu t’assois sur le fauteuil de velours rouge, celui qu’on s’était acheté ensemble, et tu me demandes de me déshabiller. Ensuite on fait l’amour. Éventuellement je me réveille. C’est à peu près tout. On ne parle que très peu. Souvent je me dis que mon esprit ne sait pas comment bien te faire parler, alors il te tait. Tu es silencieux, juste un corps qui ressemble à l’homme avec qui j’ai déjà partagé ma vie.
Pas cette nuit, par contre, cette nuit, tu parlais. On s’est posé des questions pendant ce qui m’a paru des heures, en s’obstinant sur les réponses et en utilisant des détails de nos vies personnelles pour corroborer nos dires. Des détails que je ne savais pas de toi. C’était troublant. Tu m’as raconté comment tes frères et toi vous étiez rapprochés quand vous avez commencé à faire de la natation ensemble, comment vous fumiez des cigarettes en cachette dans l’auto en revenant de vos cours, et que c’est pour ça que tu savais la réponse à Quelle traversée est la plus longue: celle du Lac St-Jean, du lac Memphrémagog, ou de la Manche? Tes frères et toi vous étiez obstinés jusqu’à la moelle pour ça, à savoir quel défi serait le plus difficile à réaliser pour vous qui nagez tous les jours.
Tu ne m’avais jamais raconté ça. Je ne savais même pas que tu avais suivi des cours de natation.
Cependant, quelque chose en moi – c’est un sentiment étrange – t’a cru. Et te croit toujours à mon réveil ce matin. Cette nuit, tu m’as visitée plus fort que les nuits d’avant. Et j’ai l’étrange sentiment, ce matin, de mieux te connaître.
Je me tourne dans le lit sèchement, peut-être pour chasser le rêve, peut-être pour passer à autre chose, et débuter ma journée officiellement. En me tournant, quelque chose de pointu effleure mon dos et le graffigne. Je passe ma main sur le matelas et mets la main sur un petit papier cartonné: une carte de Quelques arpents de pièges.
Je soulève les draps: il y a des centaines de cartes de cartes partout sur le matelas, cartes d’un jeu que je ne possède pas, cartes qui n’étaient pas là hier en me couchant, cartes dont je n’ai jamais eu connaissance de l’existence.
Tu m’as visitée.
– Carolanne Foucher
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