« J’aimerais avoir une chronique d’opinion sur ChatGPT »
Je suis étonné du nombre d’artistes qui se disent préoccupés par la venue d’intelligences artificielles telles que Midjourney et Dall-E en illustration et ChatGPT en écriture. Je vois passer sur les réseaux sociaux, bon nombre de boomers – doit-on l’avouer – partageant tantôt un texte incendiaire, tantôt un meme de mauvaise qualité à ce sujet.
Il me semble – et c’est peut-être, c’est sans doute naïf – que nous n’avons absolument rien à craindre de l’intelligence artificielle. C’est avoir peu confiance en nos capacités créatrices que d’avoir peur d’une solution mathématique. C’est être débranché de la complexité, de la subtilité des états dans lesquels nous pouvons nous plonger pour créer.
Écrire n’est pas d’abord un acte d’intelligence. Écrire est un geste intime, vulnérable, émotif. L’intelligence artificielle, la solution mathématique, aussi bien développée soit-elle, ne pourra jamais toucher à ça. Elle saura imiter. Elle pourra berner ceux qui ne prennent pas le temps. Elle pourra reprendre les codes que nous exploitons depuis des dizaines d’années. Mais elle sera prévisible. Elle sera linéaire. Elle sera droite.
Nous, les auteurs, les autrices, sommes tordus. Circulaires. Encombrés. Dérangeants.
Lorsque la photographie est apparue, les peintres qui se réclamaient du réalisme étaient choqués. Puis, est apparu un nouveau mouvement. Quelque chose d’alors inconcevable. Symbolique. Vaste.
Une technologie qui sait créer plus vite que nous n’est pas une technologie totale et absolue. Elle ne nous domine pas. Elle domine ceux et celles qui n’ont plus de jus. Qui pratiquent leur art dans un tiroir de codes connus.
L’intelligence artificielle propose à l’artiste une panoplie de blessures d’égo. Elle lui demande de travailler plus fort, ou de prendre sa retraite.
Il y aura, parmi nous, des gens brillants, qui sauront travailler avec elle. Il y aura des gens qui lui prendront la main. Elle développera alors peut-être une sensibilité. Quelques nuances. Elle se rapprochera de ce pour quoi nous en aurons besoin.
Je n’ai pas peur de la machine.
C’est l’humain qui l’a créée.
Je n’ai pas peur de l’humain.
– Vincent Massé-Gagné
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